Ce que j’aurais aimé qu’on me dise avant de faire une thèse

by Antigone XXI
Source de l’image : Will van Wingerden

J’ai fini ma thèse en 2015. Avec le recul, je réfléchis à un certain nombre de choses que j’aurais aimé entendre avant de me lancer dans un doctorat, voire pendant celui-ci. Pour un peu de contexte, il faut savoir que j’ai fait une thèse en géographie humaine dans une université anglaise. Je me suis lancée en thèse sans savoir que je voulais mener une carrière académique. Au contraire, je pensais initialement me tourner vers l’opérationnel et lorgnais un poste d’experte au sein d’une institution internationale. Et puis, au fil de la thèse, j’ai changé d’avis. Plusieurs fois. Bref, tout cela pour dire que je ne savais pas complètement où je mettais les pieds, je n’avais pas de plan d’avenir précis, je ne connaissais mon université de thèse que de renom et je n’avais jamais rencontré mon directeur de thèse avant de lui demander de m’encadrer (spoiler : ce s’est bien passé, mais ce n’est pas forcément une bonne idée). Jeune doctorante un peu perdue, j’aurais souhaité avoir des conseils pour m’aider à traverser au mieux ces années d’initiation à la recherche. Les voici donc.

Je pars ici principalement de ma propre expérience, à savoir un doctorat en sciences sociales réalisé à l’étranger, mais j’espère que cet article ira au-delà de ma personne et de ma spécialité pour s’adresser au plus grand nombre, que vous vous hésitiez à vous lancer dans une thèse ou que vous soyez déjà en plein dedans.

Une thèse est un travail solitaire

En thèse, on est seul·e. Très seul·e. Personnellement, cela ne m’a pas vraiment embêtée. Si j’aime le travail en commun et les échanges sur des sujets qui me stimulent, j’aime aussi travailler seule et j’apprécie pleinement l’autonomie de la recherche (je n’imaginerais pas travailler autrement) mais, parfois, ma solitude de thésarde a pu me faire broyer du noir. Travail de terrain, en laboratoire et en entreprise excepté, en général, en thèse, on passe la majeure partie du temps à son bureau. Ou en bibliothèque. Ou en café, mais sans vraiment parler aux autres. Il n’est pas rare de ne voir son directeur·ice de thèse qu’une fois par mois, voire moins. On n’est jamais que seul·e avec son sujet, dont on devient vite le ou la seul·e spécialiste. Autonomie, motivation et organisation sont donc des maîtres mots pour pouvoir avancer.

              Il est possible par ailleurs, et même très recommandé, de tout faire pour amenuiser cette solitude. Je vous conseille dès la première heure de faire connaissance avec les autres doctorant·es (et post-docs) de votre département et d’échanger régulièrement avec elleux. N’hésitez pas à monter un séminaire hebdomadaire ou mensuel entre doctorant·es pour échanger sur vos avancées. N’hésitez pas non plus à travailler dans la salle des doctorant·es ou bien votre bureau si votre université vous en pourvoit. Rien de tel pour se motiver que de travailler dans un endroit dédié et bien entouré·e. Si vous allez travailler en bibliothèque, essayez de vous trouver un·e library buddy avec qui vous pourrez faire des pauses déjeuner. Il n’y a rien de pire que manger seul·e à son bureau quand on a l’impression déjà de se noyer dans son boulot et que rien ne semble avancer. Essayez également de participer à des conférences ou des séminaires : présenter son travail à ses pairs est non seulement stimulant pour avancer, mais constater que d’autres gens trouvent votre sujet intéressant est aussi très motivant.

Votre thèse n’est pas l’oeuvre de votre vie, mais juste un exercice

Quand on écrit une thèse, on a l’impression d’écrire la chose la plus importante au monde. Et, bien sûr, il faut qu’elle soit parfaite. Or c’est oublier qu’un doctorat est avant tout un diplôme qui vous donnera accès à diverses possibilités, au sein du monde académique comme au-delà de celui-ci. On n’attend pas de vous que vous publiiez un chef-d’oeuvre, mais simplement (et c’est déjà pas mal) que vous montriez que vous savez faire de la recherche. Une thèse n’est donc pas une fin en soi mais un début. Il n’est donc pas nécessaire que votre thèse soit parfaite et exhaustive. Tout ce que vous n’avez pas traité dans votre thèse, vous le ferez après. Les années qui suivent vous permettront d’affiner votre penser, approfondir vos résultats et élargir vos recherches.

              En lien avec ceci : pas besoin de concourir à la thèse la plus longue du monde. En Angleterre, le nombre de mots d’une thèse est compris entre 80 000 et 100 000 mots, soit environ entre 250 et 300 pages. Au-delà, votre thèse ne sera pas acceptée. Et croyez-moi, c’est bien assez long déjà. En France, j’ai l’impression que plus c’est long, mieux c’est. J’ai des ami·es qui ont écrit des thèses de 700, 800 pages… voire plus. Moi je me demande toujours qui prendra la peine de lire ces 800 pages et dans quelle mesure un bon tiers de ce travail n’aurait pu être écourté. La question de la concision anglo-saxonne au vu des longs développements de l’écriture française est un peu hors-sujet, mais personnellement, je pense qu’il vaut mieux aller droit au but et penser efficacité. La plupart des livres publiés dans des presses universitaires (internationales) ne dépassent pas les 100 000 mots, donc si vous voulez tirer un livre de votre thèse une fois celle-ci terminée, autant déjà commencer à y réfléchir au moment de l’écrire. Et puis, on écrit toujours plus qu’on ne le pensait. Visez 100 pages et vous en écrirez déjà 300.

Source de l’image : Green Chameleon

Une thèse est un travail comme un autre

Comme on a souvent tendance à prendre la thèse comme le chef-d’oeuvre de notre vie, on a tendance à s’y consacrer pleinement. Un peu trop pleinement. Etre libre de son temps, c’est souvent malheureusement en être esclave aussi. Et si s’auto-discipliner a du bon, cela a aussi des à-côtés fâcheux. A savoir, quand on s’éloigne de la première année et à mesure que la date théorique de soumission se rapproche, on s’engouffre souvent à corps perdu dans sa thèse, quitte à sacrifier soirées, week-ends et vacances, ami·es, amours et famille – autrement dit, la vie. C’est ce que j’ai fait personnellement et je l’ai beaucoup regretté par la suite.

              Je recommanderais vraiment de prendre la thèse comme un job à part entière, avec des horaires fixes, des jours de pause et des congés. Certains laboratoires l’imposent, mais c’est loin d’être une règle. Et tant pis si vous avez l’impression que vous ne parviendrez jamais à finir dans les temps : mieux vaut réviser vos ambitions que subir un burn-out.

Il faut préparer l’après-thèse pendant la thèse

La thèse, on l’a vu, n’est pas une fin en soi, mais une porte d’entrée. Autrement dit, il faut la considérer (et l’utiliser) comme un outil vers autre chose. Même si on a parfois le nez dans le guidon lors de sa thèse, il faut s’efforcer de relever un peu la tête pour préparer l’après, quel que soit celui-ci. Personnellement, comme j’ai hésité tout au long de ma thèse à poursuivre ou non dans le monde académique, j’ai échoué lamentablement à préparer quoi que ce soit et je m’en suis mordu les doigts. Il est souvent d’ailleurs plus simple de préparer l’après quand on a une idée précise de ce à quoi il ressemblera. Si on sait pertinemment qu’on ne continuera pas la recherche, alors pas besoin d’essayer de booster son CV académique avec mille et une publis : autant bien mener sa thèse et, dans les mois précédant la soutenance, postuler à des positions hors monde universitaire. Quand on hésite, comme cela a été mon cas, je conseille de faire comme si on voulait poursuivre dans le monde académique.

              Le monde académique est un monde hypercompétitif, de plus en plus soumis à une néolibéralisation impliquant mise en concurrence des chercheur·es et pression de quantification des résultats de la recherche. Quand on est prof émérite, on peut facilement faire de la slow science. Quand on est plus jeune et en position précaire, malheureusement, on n’a pas beaucoup d’autre choix que de jouer le jeu. C’est le fameux publish or perish

              J’aurais donc aimé qu’on me parle dès le début de la nécessité de publier avant la fin de mon doctorat. Pas forcément mille articles, mais déjà un seul, un bon, dans une revue peer-reviewed, de préférence internationale (attention ici aux revues prédatrices, qui ne valent rien et vous prendront potentiellement des sous !). Il y a encore une dizaine d’années, on pouvait dans bien des disciplines décrocher un poste permanent ou tenure track (c’est-à-dire avec possibilité de devenir permanent) avant même la fin de la thèse et sans publication aucune. Maintenant, pour décrocher un post-doc, il faut souvent avoir déjà publié. Bref. Pour cela, pensez publications dès la conception de votre thèse. Je ne parle pas là de thèses cumulatives (en cumulant des articles), car cela ne fonctionne que dans certaines disciplines, mais réfléchissez dès que vous concevez un chapitre de votre thèse à en faire un article. Vous pouvez même d’abord écrire cet article, puis voir comment l’insérer dans votre thèse. Par exemple, en sciences sociales, le chapitre sur l’état de l’art peut faire une très bonne base d’article. Enfin, insérez-vous dans des réseaux : participez à des conférences, organisez des séminaires, prenez contact avec d’autres chercheur·ses, même bien plus expérimenté·es (vous aussi êtes un·e chercheur·se, ayez confiance en vous). Bref, faites du networking, car non seulement vous obtiendrez ainsi reconnaissance et motivation, mais également d’éventuels financements de post-doc.

Source de l’image : Sincerely Media

Vous avez le droit de changer de directeur·ice de thèse

Un point majeur de la thèse, c’est l’encadrement. Et si celui-ci laisse à désirer, vous avez le droit de le changer. C’est votre thèse, ce sont souvent vos financements, pas ceux d’un autre, quand bien même celui ou celle-ci aurait X années d’ancienneté. Dans la plupart des cas, il est possible de changer de directeur·ice en cours de thèse et si c’est nécessaire, alors il ne faut pas hésiter. N’oubliez pas que c’est votre directeur·ice qui sera votre principal·e interlocuteur·ice pendant plusieurs années et qui écrira des lettres de recommandation pour appuyer vos candidatures, alors il est important que votre entente soit bonne.

              J’ai eu beaucoup de chance, je me suis bien entendue avec mes deux directeurs de thèse (j’étais en co-tutelle). Mais j’ai rencontré des doctorant·es qui ont eu nettement moins de chance et dont l’encadrement laissait fortement à désirer. Il n’est pas normal que votre directeur·ice : 1) vous traite comme sa secrétaire ou vous délègue ses corvées administratives ; 2) vous laisse écrire des articles et les signe à votre place (ou se mette en co-auteur·ice alors qu’iel n’en a pas écrit un mot) ; 3) vous « emprunte » des idées ou des résultats pour les présenter à votre place sans reconnaître leur origine ; 4) vous mette la pression et vous dicte votre rythme (j’ai connu un professeur qui ne voulait pas que ses doctorant·es prennent des vacances car faire une thèse est un privilège… #ausecours). Bref, dans tous ces cas, je n’ai qu’un conseil : fuyez !

Après la thèse, ce sera pire (?)

Personnellement, comme je considérais ma thèse comme une fin en soi, je ne pensais pas trop à l’après : après, ce serait forcément mieux. J’ai un peu honte de finir cet article sur ce point, mais, si vous décidez de rester dans le monde académique, je suis désolée de vous dire que les ennuis sont loin d’être finis avec la soumission de sa thèse. J’aurais tendance à dire que le plus dur reste à faire et, à moins d’avoir déjà décroché un poste après votre thèse, vous n’êtes pas sorti·e de la précarité. La plupart des jeunes chercheur·ses ont en effet des emplois précaires pendant plusieurs années et enchaînent post-docs de quelques mois ou d’au mieux deux-trois années, postes temporaires d’enseignement, vacations et petits boulots alimentaires. Etre en post-thèse, c’est donc souvent être dans le stress permanent de ne pas trouver d’emploi et barboter au milieu d’interrogations existentielles récurrentes. Faut-il continuer la recherche ? Dois-je accepter ce post-doc de six mois à Trifouilly-en-Antarctique ?

              Bref, si je finis sur cette touche, c’est peut-être pour souligner les points précédents : faire une thèse n’est pas une fin en soi. Ne vivez pas sous la pression constante de l’après-thèse, mais mettez en place quelques jalons si vous voulez poursuivre de façon plus sereine dans le monde académique. Soyez stratégique plutôt qu’exhaustif·ve, efficace plutôt que perfectionniste. Et, surtout : il y a une vie en dehors de l’académie. Ne laissez pas la thèse et le monde universitaire envahir votre vie. Les compétences acquises au long d’un doctorat peuvent être valorisées de plein de manières différentes et il y a une myriade d’activités passionnantes en-dehors de la recherche académique où ces compétences seront particulièrement prisées. Quel que soit le chemin que vous preniez, bon courage pour tout !

              J’espère que cet article vous a intéressé·es et que ces conseils pourront vous servir si vous êtes en thèse ou envisagez de poursuivre dans cette voie. J’espère également ne pas vous avoir trop découragé·es : malgré toutes les difficultés inhérentes à un monde académique néolibéralisé, faire de la recherche est un beau métier que j’aimerais voir davantage reconnu et valorisé. N’hésitez pas à ajouter vos propres conseils et me faire part de votre expérience !

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21 comments

Antoine Buetti-Dinh 11 mars 2021 - 12 h 28 min

Felicitations!! Après la thèse, ce sera pire (?) -> yes 😀

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Antigone XXI 12 mars 2021 - 7 h 05 min

J’ai rajouté le point d’interrogation à la fin, car je me suis dit qu’il ne fallait quand même pas trop déprimer les futur·es doctorant·es !

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Cremdemarrons 11 mars 2021 - 13 h 07 min

Pour ajouter un élément positif, je dirais qu’il me semble qu’un grand atout de ce métier, et de la thèse, ce sont les collègues que l’on se choisit: intellectuellement c’est passionnant et en termes humains on peut se faire d’excellent.e.s ami.e.s. Le côté intello précaire ca donne souvent des gens drôles et passionné.e.s je trouve, personnellement je les chéris et les fréquente encore plusieurs années après avoir soutenu.

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Antigone XXI 12 mars 2021 - 7 h 08 min

Je ne crois pas que le côté précaire participe de cela (je pense qu’on pourrait plutôt très bien s’en passer !), mais 100% d’accord pour des gens drôles et passionnés ! J’ai fait de très belles rencontres en thèse, certaines étant devenues des amitiés chères.

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Alice 11 mars 2021 - 14 h 39 min

Je n’ai pas fait de thèse, mais lors de ma reconversion pro j’ai été très vite attirée par les métiers de la recherche. En me renseignant sur la réalité du métier de chercher, j’ai vite compris qu’en France ça serait très compliqué d’en vivre. Quel dommage que la France ne valorise pas + ses talents, il y a tellement de gens passionnés et passionnants qui pourraient apporter beaucoup à notre société, à notre économie etc.

Félicitations pour votre parcours, j’espère que vos heures de travail ont été récompensées 🙂

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Antigone XXI 12 mars 2021 - 7 h 11 min

Merci beaucoup ! Je pense que, même si les salaires de la recherche en France sont bien moins attractifs que dans bon nombre de pays étrangers, on peut très bien en vivre, mais à condition de décrocher un poste ! C’est là que se trouve le hic : il y en a extrêmement peu et beaucoup de prétendant·es…

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Catherine 11 mars 2021 - 15 h 09 min

Merci pour cet article! J’envisage actuellement de faire une thèse et tout le volet financier m’angoisse énormément. Je sais qu’en STEM les profs ont pour habitude de payer les étudiant‧es (et c’est même obligatoire dans certains départements), mais en sciences humaines c’est une toute autre paire de manche. Je me demande comment font les doctorant‧es pour joindre les deux bouts avec l’équivalent d’un travail à temps plein qu’est le doctorat?

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Antigone XXI 12 mars 2021 - 7 h 17 min

Je comprends tes angoisses, la question des financements est fondamentale. Personnellement, je ne recommanderais pas de se lancer en thèse sans financements extérieurs explicitement prévus à cet effet. Combiner thèse et boulot alimentaire est très difficile. Il existe des financements pour subventionner son propre projet de recherche (contrats doctoraux, régionaux, etc.) mais en petit nombre. Il faut regarder également les offres rattachées à des projets existants, c’est là où il y a peut-être le plus de possibilités (en France comme à l’étranger). Je te souhaite plein de courage et une bonne continuation dans cette voie !

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jlsls 12 mars 2021 - 7 h 55 min

J’ai fait une thèse en informatique, donc j’imagine que par bien des aspects, mon quotidien était très différent. Notamment j’avais un contrat de travail en bonne et due forme pour mes activités de recherche, plus un avenant pour couvrir les quelques dizaines d’heures d’enseignement que je faisais chaque année. Ma thèse menait à un diplôme, certes, mais c’était avant tout un travail, reconnu comme tel administrativement parlant, avec tous les avantages et sécurités qui vont avec. Je ne pense pas que je l’aurais fait autrement.

Par contre, pour tous les autres points, je rejoins totalement tes remarques ! Et notamment tout ce qui concerne l’après, que j’ai également très mal géré. Maintenant que je suis sortie du monde académique depuis quelques années, il semble impossible d’y retourner ! Et je dois bien avouer que quand je vois passer des fiches de poste, elles ne me font vraiment pas rêver, avec leur énorme composante administrative/réponse aux appels à projets/recherche de financement. Bref, j’hésite à m’y remettre sérieusement…

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Antigone XXI 18 mars 2021 - 12 h 28 min

Je comprends ! J’avoue que j’ai parfois envié les thèses ailleurs qu’en sciences humaines/sociales où, quand on dit qu’on a trois ans devant soi, on a vraiment trois ans et non pas trois financés et X autres à conjuguer boulots alimentaires et rédaction intensive.
Je mentionnais plus bas la possibilité d’actions pour réintégrer le monde académique après une plus ou moins longue pause (comme les bourses Marie Curie Career Restart), cela pourrait peut-être être une piste à explorer ?
Mais je suis 100% d’accord avec toi pour les fiches de poste ! Les chercheur.ses doivent faire face à de plus en plus de charges administratives et une partie importante du temps est dédiée à la quête de financements… Avec l’enseignement en plus, il n’est parfois pas facile de trouver du temps pour faire vraiment de la recherche !

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Christel 11 mars 2021 - 16 h 51 min

Bsr Ophélie,
Mon frère a passé sa thèse et effectivement il ne « vivait » plus. J’ai toujours entendu que vous aurez tout le temps après pour sortir…. Que les futurs thésards puissent te lire. Je le redis mais je suis ravie de ton retour ici.

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Antigone XXI 12 mars 2021 - 7 h 21 min

C’est malheureusement la réalité de bon nombre de thèsard·es. J’ai moi aussi partiellement mis ma vie en pause, surtout vers la fin : plus de vacances, plus de week-ends… On croit qu’on va avoir fini bientôt et on se dit que c’est OK de travailler aussi intensément si c’est pour quelques mois seulement, mais les mois s’allongent et la thèse s’éternise. Je regrette beaucoup de ne pas m’être mis de garde-fous, mais il y a une telle pression… J’espère que ton frère revit désormais !
(et merci, ça me touche vraiment beaucoup !)

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Xantal RICHARD 12 mars 2021 - 7 h 25 min

Bien chère Ophelie merci pour cet article très sensible et bienveillant sur le « parkour » de la thèse de recherche et après.

En France, cela doit évoluer, les études sont tronçonnées, étapes par étapes, chacune vécue comme une fin en soi.

Au lieu d’enseigner comment cheminer le plus efficacement dans sa voie propre, les étudiants sont traités généralement en troupeaux, la relation individuelle enseigné / enseignant n’intervenant qu’exceptionnellement avant le Master.

Dans mes domaines de recherche (clinique, ethnobotanique, plus quelques autres curiosités en sciences humaines) j’exerce des deux côtés.
Actuellement, je reprends également du service en Greta (enseignement pour adultes en reconversion).

Ma vie est comme une traversée d’océan en voilier. J’apprends autant d’un « bord » que de l’autre… il arrive bien souvent, c’est une gourmandise, que l’étudiant.e soit plus « pointu » que le magister !

De tout mon coeur, j’aide à construire des communautés apprenantes.
La circularité, la transdisciplinarité, l’inter générationnel et la dynamique en réseau font que chacun quelque soit son âge, son statut social ou son expérience de vie, est à son tour l’enseignant référent dans sa partie de recherche, tout en étudiant les matières qu’il souhaite approfondir auprès d’autres passionnés, très heureusement « contagieux », qui montrent comment acquérir savoir et/ou savoirs faire, tout cela dans la détente et belle humeur.

Voilà tout ce qui manque dans nos systèmes figés, institutionnels de l’Éducation : apprendre est un bonheur !
Se dépasser est un vrai plaisir, sans cesse renouvelé. A
Acquérir de nouvelles connaissances et autonomies, concourir contre l’inconnu, effriter ses propres limites, découvrir et surfer sur sa créativité…
Qui n’a jamais connu la jouissance de résoudre un problème, jusque là insoluble ?
De réparer ce que l’on a cassé, de comprendre enfin un phénomène resté caché ?
Le bricolage, la cuisine ou la pâtisserie, comme les mathématiques, le sport, la musique, sont de fabuleux terrains de jeu dans cette catégorie.
Je vois beaucoup cela se vivre joyeusement et tout naturellement, dans les pratiques de Jardins partagés, ou aussi en FabLab.
Le magnifique bénéfice des partages, dans l’humilité et la joie de vivre !

Pour les financements de fin d’études, bénévole à la FRM, qui pour l’instant aide les chercheurs dans la sphère médicale, je me pose souvent la question : pourquoi ne pas créer une Fondation qui vienne en soutien à tous les autres champs d’études et recherches ?
Quand on voit en fac, dès la deuxième année, rôder les chasseurs de tête qui viennent, jusque dans nos rangs…
Bon, je ne vous chante pas la Marseillaise mais vous avez compris : le terrain de chasse est fertile, la misère étudiante n’est pas un fake…
Leurs contrats, eux, sont révoltants !
Quand par chance, un des étudiants contactés vient nous soumettre le dossier nous sollicitons les avocats de notre université afin d’étudier les clauses. Toujours abusives.

Alors, mon conseil rejoins les tiens, très avisés, chère Ophelie.

Ne restez pas isolés, quand vous butez sur quelque matière ou passage qui vous résiste, tentez de l’expliquer à d’autres, qui comme vous sont en difficulté (le parainage des seniors auprès des étudiants débutants est une sympathique initiative).

Bien se souvenir surtout, que l’échec est toujours momentané…

Pour moi, il est avant tout très motivant !
S’en servir pour apprendre (sur soi aussi) est un fabuleux moteur, formateur pour toujours de la pratique du « pas de côté » : quand on n’arrive pas à gravir la face Nord, on passe par la cheminée de l’Est… Les Sherpas, eux, ont toujours plusieurs voies d’abord. Or, en plus des dangers à gravir, ils trimbalent les charges impressionnantes de leurs clients, dans une silencieuse modestie, avec leur ineffable sourire en coin, d’un humour ravageur !

Vive les communautés d’entraides.

Et encore bravo pour ton post, chère Ophelie.

Tu es de ceux qui ne se complaisent pas dans la plainte, mais qui tendent la main à ceux qui peinent en chemin…

Tu as toute ma plus profonde estime, mon aide si besoin

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Antigone XXI 18 mars 2021 - 11 h 11 min

Merci beaucoup de ce commentaire si riche et bienveillant !

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Dittrichia 15 mars 2021 - 7 h 05 min

Ton texte me fait penser au roman graphique « carnets de thèse » de Tiphaine Rivière.
Personnellement, pour ma thèse en écologie mon quotidien était aussi très différent, beaucoup plus cadré : bureau et ordinateur au labo où je travaillais au quotidien, réunions avec mon directeur plutôt hebdomadaires, échéance des trois ans pour finir la thèse impérative… Sûrement lié au fait que je n’étais pas en sciences humaines.
Pour l’après, moi aussi j’ai hésité entre recherche/pas recherche. Le choix s’est fait un peu malgré moi par une opportunité que j’ai saisie hors du monde de la recherche et je le regrette aujourd’hui. L’émulation intellectuelle qui règne dans un labo me manque profondément (ah le bonheur quand j’assiste à une soutenance de thèse ou d’HDR aujourd’hui de voir des personnes qui se plaisent à réfléchir et débattre). Hors assez rapidement, même en continuant à publier un peu, on est « grillé » du monde académique (les cinq ans de qualification pour un poste de maître de conférences passent très vite !). Je conseillerais donc si on hésite de d’abord tenter sa chance pour un poste académique et si ça ne marche pas, de se tourner vers autre chose. Pour ma part, j’avais par mes activités perso développées des compétences qui intéressent le monde appliqué de la biodiversité dans lequel je bosse et j’aurais eu d’autres opportunités plus tard.

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Antigone XXI 18 mars 2021 - 11 h 10 min

Ah, il faut absolument que je lise Carnets de thèse, ce n’est pas la première fois qu’on me le recommande !
Je comprends tes hésitations et cette sensation de manque. Personnellement, après ma thèse, j’hésitais et j’ai testé quelques mois l’associatif. J’ai vite déchanté et je suis revenue dare-dare au monde académique ! Heureusement, mon interruption n’a pas été trop longue mais je n’ai pas pu faire de charges de cours ou bénéficier d’un mini-post-doc au sein de mon université de thèse, contrairement à beaucoup de jeunes doctorant.es que je connais, ce qui a fait que trouver un post-doc ex nihilo a été plus difficile et plus long. Je me demandais, si le monde académique te manque, as-tu tenté ta chance du côté des bourses de réintégration ? Je crois par exemple qu’il existe une action Marie Curie Career Restart prévue pour les personnes ayant quitté plus ou moins longuement l’université. Pas facile à obtenir, mais ça vaut peut-être le coup d’essayer ?

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Lily 16 mars 2021 - 16 h 02 min

Merci pour ton article! Il me parle parce que je suis en fin de thèse et que je ne sais pas du tout si je veux continuer dans le monde académique ou pas… J’aime la recherche, beaucoup moins la compétition et la précarité forcément. D’ailleurs cela m’intéresserait un deuxième volet à cet article sur comment tu gères l’après-thèse.
Je fais aussi ma thèse à l’étranger, et c’était un peu un saut dans le vide (je ne connaissais pas non plus ma directrice avant) et je recommande pas forcément en effet…

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Antigone XXI 18 mars 2021 - 10 h 45 min

Merci pour ton commentaire ! Je suis comme toi, j’aime la recherche mais déteste la compétition et les longues années de post-docs et de mobilité géographique sont difficiles à la fois sur un plan moral, financier et personnel (dur de ne pas pouvoir se projeter au-delà de 2-3 ans !). Je réfléchissais à d’autres articles sur la thèse, mais c’est une bonne idée aussi d’écrire sur l’après-thèse, il y a tellement à dire de ce côté-là… Plein de courage à toi !

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Julie 2 avril 2021 - 7 h 02 min

Merci Antigone, ton article me confirme absolument toutes les attentes que j’ai du doctorat à venir. C’est très intéressant, authentique et complet.

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Capucine 11 novembre 2021 - 11 h 05 min

article très intéressant et avec lequel je suis globalement d’accord
j’ai de mon côté fait une thèse de biologie (soutenue en 2003) et honnêtement, tu es très très optimiste quand tu dis que « il y a 10 ans on pouvait encore arriver à avoir un poste avant même la fin de sa thèse », ça très sincèrement, je pense que ça a cessé d’exister dans les années 80-90 😛

déjà « de mon temps » c’était un, voire au moins deux post-doc, de préférence à l’étranger et avec le couperet de la publication pendu au dessus de la tête… (et pourtant, je pense qu’en bio on est mieux loti-e-s qu’en « sciences humaines »)

sachant déjà que je ne voulais pas allez bosser chez Monsanto en désespoir de cause, j’avais passé l’agreg avant même de partir en thèse (et j’ai eu la chance de l’avoir), après ma thèse, j’ai continué la recherche sur un poste temporaire en hôpital, poste que mes chefs n’ont jamais réussi à pérenniser malgré leurs efforts…

et donc j’ai réintégré le lycée où finalement, je me plais beaucoup (mais j’avoue que les congrès, ça me manque un peu, des fois…)

mais quand je vois mes camarades de thèse, les moins chanceux se retrouvent commerciaux pour du matériel de labo (chouette, quel gâchis…) les plus chanceux (et en fait surtout, celleux qui ont bossé comme des romains, sont parti-e-s loin etc…) ont réussi à intégrer et ne cherchent plus qu’une seule chose : du pognon (et se désabusent d’année en année)

la thèse c’est une super expérience, je ne regrette pas du tout de l’avoir faite (en plus, pour un prof de matière expérimentale, je trouve que c’est indispensable d’avoir une vraie idée du terrain), mais je comprends qu’il y ait de moins en moins de candidat-e-s à la thèse en France, non seulement on traite mal les doctorant-e-s, mais alors les docteur-e-s, c’est juste scandaleux !

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Agustin Flores Maya 18 novembre 2021 - 18 h 17 min

Merci beaucoup pour cet article, c’est le premier qui explore le non-dit de la thèse et de l’après thèse. Quant à la précarité d’être Doctorant, surtout quant il n’y a pas de financement, je la connais depuis mes années de licence hahaha. Merci encore une fois

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